Mettre une entreprise en sommeil, c’est actionner un bouton pause : l’activité s’arrête, mais la structure juridique reste vivante. Derrière cette apparente simplicité se cachent des obligations précises, des délais à respecter et des pièges concrets — radiation d’office, cotisations toujours dues, bail à gérer, salariés à protéger. Ce guide détaille chaque étape, de la décision initiale jusqu’à la sortie de mise en sommeil, pour éviter les erreurs qui coûtent cher.
- La mise en sommeil est une cessation temporaire d’activité : l’immatriculation au registre national des entreprises est maintenue, mais l’activité s’arrête provisoirement.
- La durée maximale est de 2 ans pour une société et de 1 an pour une micro-entreprise ; au-delà, la radiation d’office menace.
- Les obligations comptables, fiscales et sociales ne disparaissent pas entièrement : comptes annuels, cotisations du dirigeant et CFE restent à gérer.
- La déclaration doit être effectuée dans le délai d’un mois via le guichet des formalités des entreprises (INPI).
- La sortie de mise en sommeil impose une nouvelle inscription modificative au RCS, que ce soit pour reprendre, céder ou dissoudre.
Mise en sommeil : définition, intérêt et limites

La mise en sommeil désigne la cessation temporaire d’activité d’une entreprise : elle suspend l’exploitation sans dissoudre ni liquider la structure. L’entreprise conserve son immatriculation au registre national des entreprises (RNE) et continue d’exister juridiquement. C’est précisément ce qui la distingue d’une fermeture définitive, laquelle implique dissolution, liquidation et radiation.
Les motifs sont variés : difficultés économiques momentanées, maladie du dirigeant, sinistre grave, perte d’un client majeur, période de restructuration. Dans tous ces cas, la mise en sommeil offre un délai pour réorganiser sans subir les coûts et les délais d’une création ultérieure.
Ses limites sont néanmoins réelles. Elle ne convient pas à toutes les situations :
- Si la société est en cessation des paiements, la mise en sommeil est impossible : il faut déposer le bilan et demander l’ouverture d’une procédure collective.
- Si l’arrêt est définitif dès le départ, la dissolution-liquidation reste la voie appropriée.
- Si des contrats en cours imposent une continuité d’exploitation, la mise en sommeil peut constituer un manquement contractuel.
La mise en sommeil est donc un outil de gestion du temps, pas une solution miracle. Elle achète un délai de réflexion ou de convalescence, à condition d’en respecter scrupuleusement le cadre.
Qui peut y recourir et combien de temps : société vs entreprise individuelle
Les règles diffèrent sensiblement selon la forme juridique. Pour une société (SARL, SAS, SA…), la durée maximale de mise en sommeil est de 2 ans. Pour une micro-entreprise (entreprise individuelle au régime micro), elle est limitée à 1 an, renouvelable une fois pour les activités commerciales.
| Forme juridique | Durée maximale | Renouvellement |
|---|---|---|
| Société (SARL, SAS…) | 2 ans | Non prévu |
| Micro-entreprise (activité commerciale) | 1 an | 1 fois |
| Micro-entreprise (autre activité) | 1 an | Non renouvelable |
Pour une entreprise individuelle hors micro-régime, la cessation temporaire d’activité est également possible, mais les modalités déclaratives et les effets fiscaux varient. Les activités réglementées (professions libérales soumises à un ordre, activités nécessitant un agrément) doivent en outre vérifier que la mise en sommeil n’entraîne pas la perte de l’autorisation d’exercer.
Le risque principal en cas de dépassement des délais est la radiation d’office. Pour une société, à l’issue des 2 ans mentionnés au RCS, le greffier saisit le juge compétent après avoir informé la société par lettre recommandée avec accusé de réception — conformément à l’article R. 123-130 du code de commerce. Un délai de 6 mois reste ensuite ouvert pour régulariser la situation. Ignorer cette étape expose à une radiation sans possibilité de reprise simple.
Formalités de mise en sommeil : décision, déclaration et inscriptions (inpi, rne)
La procédure commence en interne. La décision de mise en sommeil est prise par le représentant légal — gérant ou président — sauf disposition contraire des statuts. Convoquer une assemblée générale des associés n’est pas systématiquement obligatoire, mais reste recommandé pour limiter la responsabilité personnelle du dirigeant et documenter la décision.
Une fois la décision actée, le dirigeant dispose d’un mois pour déclarer la cessation temporaire d’activité via le guichet des formalités des entreprises de l’INPI. Pour une micro-entreprise, ce délai est identique : 30 jours à compter de la décision, et la démarche est gratuite.
Avant de déposer le dossier, une étape préalable s’impose pour les sociétés disposant d’établissements secondaires : fermer ces établissements secondaires avant d’enregistrer la mise en sommeil du siège.
Les effets de l’inscription sont automatiques :
- Inscription modificative au RNE (registre national des entreprises) géré par l’INPI.
- Inscription modificative au RCS (registre du commerce et des sociétés) pour les activités commerciales, tenue par le greffe du tribunal de commerce.
- Insertion automatique au Bodacc pour informer les tiers — la mise en sommeil devient ainsi opposable dès cette publication.
Sur la question de la publicité légale dans un journal d’annonces légales, les pratiques divergent selon les situations. Il est prudent de vérifier auprès du greffe compétent si une annonce est requise dans votre cas spécifique.
Obligations pendant la mise en sommeil : comptabilité, déclarations, urssaf et fiscalité
La mise en sommeil ne suspend pas toutes les obligations. Une société en sommeil doit continuer à établir ses comptes annuels (bilan, compte de résultat, annexe), tenir l’assemblée annuelle d’approbation des comptes et déposer ces comptes via le guichet des formalités. Un allègement existe pour les structures relevant du régime des micro-entreprises au sens européen : bilan et compte de résultat en forme abrégée sont acceptés, à condition qu’aucun salarié ne soit en poste et que la déclaration de cessation temporaire ait bien été effectuée.
Sur le plan fiscal, les effets varient :
- TVA : la cessation temporaire fait perdre la qualité de redevable ; la société n’est plus tenue d’envoyer ses déclarations mensuelles ou trimestrielles. Pour une micro-entreprise, l’exonération de déclaration et de paiement de la TVA s’applique pendant la période.
- Impôt sur les sociétés : la déclaration de résultat reste obligatoire, même si le résultat est nul.
- Cotisation foncière des entreprises (CFE) : pour une micro-entreprise, elle reste due sur 12 mois consécutifs. En cas de prolongation de la cessation pour une activité commerciale, une exonération s’applique au-delà de ces 12 mois.
Côté URSSAF et régime social, le dirigeant continue d’exercer ses fonctions pendant la mise en sommeil et reste affilié au régime de sécurité sociale dont il dépendait. Les cotisations sociales du dirigeant restent dues. Pour une micro-entreprise, l’obligation de déclarer le chiffre d’affaires mensuellement ou trimestriellement subsiste — en indiquant simplement « néant ».
Ces obligations maintenues représentent un coût réel à anticiper dans le budget de la période de sommeil.
Salariés, dirigeant et contrats : bail, assurance, banque et emprunts
La mise en sommeil ne rompt pas automatiquement les contrats de travail. Les salariés conservent leurs contrats, et les charges salariales restent dues. Si l’activité est totalement à l’arrêt, le recours à l’activité partielle peut être envisagé, mais il implique des démarches spécifiques auprès de la DREETS. Un licenciement économique reste possible mais doit respecter les procédures légales habituelles.
Le dirigeant peut-il se rémunérer ? Techniquement, rien ne l’interdit juridiquement, mais toute rémunération du gérant génère des cotisations sociales et doit être justifiée par l’exercice effectif de fonctions. En pratique, beaucoup de dirigeants suspendent leur rémunération pour alléger les charges — une décision à prendre en cohérence avec la situation de trésorerie.
Le bail commercial mérite une attention particulière. La mise en sommeil ne constitue pas en elle-même un motif de résiliation par le bailleur, mais une clause d’exploitation effective peut être présente dans le contrat. Il est indispensable de relire le bail et, si nécessaire, de négocier une suspension ou une réduction du loyer avec le propriétaire.
Côté banque et financement :
- Le compte bancaire professionnel reste ouvert et les frais continuent de courir.
- Un emprunt en cours doit continuer à être remboursé selon l’échéancier initial, sauf renégociation explicite avec l’établissement prêteur.
- Certains contrats de prêt comportent des covenants (clauses financières) qui peuvent être déclenchés par une cessation d’activité : vérifier les conditions générales avant toute déclaration.
- Obtenir un nouveau financement pendant la mise en sommeil est très difficile : les banques considèrent l’absence d’activité comme un facteur de risque majeur.
Les assurances professionnelles (responsabilité civile, multirisque) doivent également être revues : certaines garanties sont conditionnées à l’exercice effectif de l’activité.
Sortie de mise en sommeil : reprise, fermeture, dissolution et éviter la radiation d’office

À l’issue de la période de mise en sommeil, trois options s’offrent au dirigeant : reprendre l’activité, céder la société ou procéder à sa dissolution. Chacune implique une nouvelle inscription modificative au RCS.
Pour reprendre l’activité, le dirigeant déclare la reprise via le guichet des formalités de l’INPI dans le délai imparti. Cette déclaration réactive l’ensemble des obligations : déclarations de TVA, cotisations sociales, déclarations fiscales complètes. Les contrats suspendus (assurances, abonnements) doivent être réactivés ou renégociés. Il faut également informer l’URSSAF, le greffe et les partenaires bancaires.
Pour éviter la radiation d’office, l’action doit intervenir avant l’expiration du délai de 2 ans pour une société. Le greffier adresse un courrier recommandé avant de saisir le juge — ce courrier est souvent le dernier signal d’alarme. Ne pas y répondre conduit à la radiation. Un délai de 6 mois reste ouvert après la radiation pour saisir le juge et tenter de régulariser, mais cette voie est complexe et incertaine.
Si la reprise est impossible, la dissolution-liquidation reste la sortie propre : elle clôture les comptes, règle les créanciers et aboutit à la radiation volontaire. C’est une procédure plus longue mais qui préserve la responsabilité du dirigeant et évite les complications d’une radiation forcée.
FAQ
Quelle est la durée maximale d’une mise en sommeil pour une société ou une entreprise individuelle ?
Pour une société, la durée maximale est de 2 ans à compter de l’inscription modificative au RCS. Pour une micro-entreprise, elle est de 1 an, renouvelable une fois pour les activités commerciales.
Quelles formalités faut-il réaliser pour déclarer une cessation temporaire d’activité ?
La déclaration s’effectue via le guichet des formalités des entreprises de l’INPI dans un délai d’un mois suivant la décision. Elle entraîne une inscription modificative au RNE et, pour les activités commerciales, au RCS, ainsi qu’une insertion au Bodacc.
Quelles obligations urssaf et fiscales pendant la mise en sommeil ?
Les cotisations sociales du dirigeant restent dues. La TVA est suspendue pour les sociétés. La déclaration d’IS demeure obligatoire. La CFE reste due sur 12 mois pour les micro-entreprises. Les micro-entrepreneurs doivent continuer à déclarer leur chiffre d’affaires en indiquant « néant ».
Comment gérer les salariés et la rémunération du dirigeant en cas de mise en sommeil ?
Les contrats de travail se poursuivent et les charges salariales restent dues. Le recours à l’activité partielle est possible sous conditions. Le dirigeant peut suspendre sa rémunération mais reste redevable de ses cotisations sociales minimales s’il est travailleur non salarié.
Que faire à la fin de la mise en sommeil : reprise ou fermeture définitive ?
La reprise s’effectue par une nouvelle inscription modificative au RCS via le guichet INPI, avec réactivation de toutes les obligations. Si la reprise est impossible, la dissolution-liquidation amiable est la procédure adaptée. Dans tous les cas, agir avant l’expiration du délai légal est impératif pour éviter la radiation d’office.
La mise en sommeil est un outil puissant à condition d’être utilisé avec méthode : les délais sont stricts, les obligations résiduelles sont réelles, et chaque contrat en cours mérite un examen attentif. Anticiper la sortie dès l’entrée en sommeil — qu’il s’agisse d’une reprise ou d’une fermeture — reste la meilleure façon de garder la main sur la situation.






