Une SARL, une SAS ou une SA relève par défaut de l’impôt sur les sociétés. Mais la loi ouvre une brèche méconnue : opter pour l’impôt sur le revenu, comme une société de personnes. Cette option change radicalement la donne fiscale pour les associés, mais elle reste limitée dans le temps et soumise à des conditions strictes. Voici comment savoir si elle s’applique à votre structure, et surtout si elle sert vraiment votre stratégie.
- L’option ir permet à une sarl, sas ou sa d’imposer ses bénéfices directement chez les associés, comme une société de personnes.
- Elle est réservée aux petites structures : moins de 5 ans, moins de 50 salariés, chiffre d’affaires inférieur à 10 millions d’euros.
- La durée de l’option est fixée à 5 exercices, sans possibilité de réopter en cas de sortie anticipée.
- Elle est surtout pertinente en phase de déficit fiscal ou de faible distribution de dividendes, moins pour les sociétés rentables cherchant à capitaliser.
- L’accord doit être unanime entre associés et notifié au sie dans les 3 premiers mois de l’exercice concerné.
Option ir: de quoi parle-t-on et ce que cela change

L’option pour l’impôt sur le revenu consiste, pour une société normalement soumise à l’is, à demander son assimilation fiscale à une société de personnes. Concrètement, cela signifie que le bénéfice imposable n’est plus taxé au niveau de la société, mais directement entre les mains des associés, proportionnellement à leur participation au capital.
Une bascule dans le mode d’imposition
Dans le régime classique de l’is, la société paie l’impôt sur ses bénéfices, puis les associés sont à nouveau imposés lorsqu’ils perçoivent des dividendes. Avec l’option ir, cette logique disparaît : les bénéfices sont imposés une seule fois, directement au niveau des associés. Les personnes physiques relèvent alors de l’impôt sur le revenu, selon la catégorie bic ou bnc en fonction de l’activité exercée, tandis que les associés personnes morales restent soumis à l’is sur leur propre quote-part.
Pourquoi cette option existe-t-elle ?
Le législateur a voulu offrir aux petites structures, souvent familiales ou récemment créées, un cadre fiscal plus souple, comparable à celui des entreprises individuelles ou des sociétés civiles. L’objectif est de faciliter la remontée des résultats vers les associés sans le filtre de la fiscalité des sociétés, notamment lorsque l’entreprise traverse une phase de démarrage ou de fragilité économique.
Reste à savoir quelles structures peuvent réellement y accéder, et sous quelles conditions précises.
Quelles sociétés peuvent opter pour l’ir (sarl, sa, sas) et à quelles conditions
L’option ir n’est pas ouverte à toutes les sociétés soumises à l’is. Elle concerne spécifiquement les sarl, les sas et les sa, sous réserve de remplir un ensemble de conditions cumulatives, précisées notamment par le bofip et l’article 239 bis ab du code général des impôts.
Les conditions à respecter
- La société doit avoir été créée depuis moins de 5 ans au moment de l’option.
- L’activité exercée à titre principal doit être industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale, à l’exclusion de la gestion du patrimoine mobilier ou immobilier propre.
- L’effectif doit être inférieur à 50 salariés.
- Le chiffre d’affaires annuel ou le total de bilan doit rester inférieur à 10 000 000 euros.
- La société ne doit pas être cotée sur un marché réglementé.
- Au moins 50 % du capital ou des droits de vote doivent être détenus par des personnes physiques.
- Au moins 34 % du capital et des droits de vote doivent appartenir à un ou plusieurs dirigeants (président, directeur général, gérant, président du conseil de surveillance, membre du directoire) et aux membres de leur foyer fiscal.
Le cas particulier de la sarl de famille
La sarl de famille illustre bien l’esprit de ce dispositif. Composée exclusivement de membres d’une même famille, elle remplit naturellement les critères de détention du capital par des personnes physiques et par les dirigeants. Elle constitue historiquement le terrain le plus fréquent d’application de l’option ir, notamment dans les activités artisanales ou commerciales de proximité.
Certaines participations, comme celles de sociétés de capital-risque ou de fonds professionnels spécialisés, ne sont pas prises en compte dans le calcul de ces seuils, à condition qu’aucun lien de dépendance n’existe avec la société. Cette précision permet à des sociétés ayant fait entrer des investisseurs institutionnels de ne pas être automatiquement exclues du dispositif.
Une fois l’éligibilité vérifiée, il faut mesurer les conséquences réelles de ce choix sur la fiscalité et la trésorerie de l’entreprise.
Conséquences fiscales concrètes: bénéfices, déficits, distribution et trésorerie

Le changement de régime fiscal ne se limite pas à un jeu d’écriture comptable : il modifie en profondeur la manière dont les résultats de l’entreprise affectent la situation personnelle des associés.
La remontée des bénéfices chez les associés
Chaque associé est imposé sur sa quote-part de bénéfice, calculée en fonction de sa participation au capital, qu’il ait ou non perçu de dividendes. C’est une différence fondamentale avec l’is, où l’imposition ne survient qu’au moment de la distribution effective. Un associé peut donc devoir payer de l’impôt sur un résultat qu’il n’a pas encore touché en trésorerie, ce qui suppose une anticipation rigoureuse de la part du dirigeant.
L’atout du déficit fiscal
L’un des intérêts majeurs de l’option ir réside dans le traitement du déficit fiscal. Les associés exerçant une activité professionnelle dans la société peuvent imputer ce déficit sur leur revenu global, ce qui peut réduire significativement leur imposition personnelle. Ce mécanisme est particulièrement utile lors des premières années d’activité, où les investissements et charges de démarrage génèrent souvent des pertes comptables.
Distribution de dividendes et rémunération du dirigeant
Sous le régime ir, la notion de dividende perd sa portée fiscale classique : puisque le bénéfice est déjà imposé au niveau des associés, sa distribution ultérieure ne déclenche pas de nouvelle taxation. Cela simplifie l’arbitrage entre rémunération du dirigeant et distribution, puisque les deux flux sont in fine absorbés par le même mécanisme d’imposition personnelle. En comparaison, sous l’is, la société supporte un taux de 15 % sur les premiers 42 500 euros de bénéfices, puis 25 % au-delà, avant toute distribution soumise à une fiscalité additionnelle chez l’associé.
Cette mécanique impose de bien anticiper les effets sur la trésorerie personnelle des associés, en particulier lorsque les résultats sont irréguliers ou que l’entreprise a besoin de conserver ses bénéfices pour financer sa croissance.
Sas ou sarl: quand l’option ir est un avantage, quand c’est un piège
La pertinence de l’option ir dépend étroitement du profil économique et stratégique de l’entreprise. Il ne s’agit pas d’une solution universelle, mais d’un outil à manier selon des situations précises.
Les profils pour lesquels l’option ir est pertinente
- Entreprises en phase de démarrage, confrontées à des déficits fiscaux importants et cherchant à réduire l’imposition personnelle des associés.
- Structures familiales à faible distribution de dividendes, où les associés perçoivent l’essentiel de leur revenu via une rémunération.
- Sociétés à activité stable mais peu rentable, où l’imposition unique au niveau des associés limite la charge fiscale globale.
Les situations où l’option devient un piège
À l’inverse, une entreprise fortement rentable et cherchant à réinvestir ses bénéfices pour financer sa croissance perd l’un des principaux atouts de l’is : le taux réduit à 15 % sur les premiers 42 500 euros de bénéfices, qui permet de capitaliser à moindre coût fiscal avant distribution. Avec l’option ir, chaque euro de bénéfice est immédiatement taxé chez l’associé, même s’il reste dans les caisses de l’entreprise, ce qui peut créer un décalage de trésorerie pénalisant.
Sas contre sarl : la question ne se joue pas sur l’ir
Le choix entre sas et sarl ne repose pas fondamentalement sur l’accès à l’option ir, puisque les deux formes y sont éligibles sous les mêmes conditions. La sas est souvent préférée pour sa souplesse statutaire et l’absence de cotisations sociales sur la rémunération du président assimilé salarié non affilié au régime des indépendants, tandis que la sarl reste appréciée pour son cadre plus encadré, notamment dans les configurations familiales. L’option ir vient s’ajouter à ces critères, sans les remplacer.
Une fois le profil identifié comme favorable à l’option, il reste à en maîtriser les modalités pratiques et le calendrier d’exercice.
Comment exercer l’option ir et gérer la durée de 5 ans
L’option ir obéit à un formalisme précis, qu’il convient de respecter scrupuleusement sous peine de nullité de la démarche.
Les étapes de la décision
- L’accord doit être pris à l’unanimité de tous les associés, ce qui suppose un consensus total au sein de la société.
- La notification doit être adressée au service des impôts des entreprises (sie) dont dépend l’entreprise.
- Le délai à respecter est de 3 mois à compter du début du premier exercice auquel l’option doit s’appliquer.
- L’option doit être formulée sur un modèle administratif précisant la date d’effet, la dénomination sociale, l’adresse du siège, le numéro siren et la liste des associés avec leur identité, adresse et fonction.
Une fenêtre limitée à 5 exercices
La durée de 5 exercices constitue un cadre strict : l’option ne se renouvelle pas automatiquement. Pendant toute cette période, les conditions d’éligibilité doivent être respectées de manière continue, à l’exception de la condition d’âge de la société, qui ne s’apprécie qu’au moment de l’ouverture du premier exercice concerné. Une renonciation reste possible, mais uniquement pendant les 3 premiers mois de l’exercice pour lequel l’option devait s’appliquer.
Une sortie sans retour possible
Point de vigilance souvent sous-estimé : en cas de sortie anticipée du dispositif, la société ne peut plus jamais réopter pour l’imposition à l’ir. Cette irréversibilité impose une décision mûrement réfléchie, appuyée sur des projections financières solides plutôt que sur une opportunité ponctuelle. Il est donc recommandé de documenter chaque condition d’éligibilité au fil des exercices, afin d’anticiper une éventuelle perte de statut avant qu’elle ne survienne involontairement.
Face à ce cadre contraignant, il est utile de replacer l’option ir dans le paysage plus large des choix fiscaux offerts aux sociétés commerciales.
Panorama des autres options fiscales (et quand préférer l’is)
L’option ir n’est qu’une des voies possibles. Comprendre les alternatives permet de mieux évaluer sa pertinence réelle pour une structure donnée.
L’is, régime par défaut et souvent le plus stable
Les sarl, sas et sa relèvent par défaut de l’impôt sur les sociétés, avec un taux normal de 25 % et un taux réduit de 15 % sur les premiers 42 500 euros de bénéfices pour les petites structures éligibles. Ce régime favorise la capitalisation, puisque les bénéfices non distribués ne sont taxés qu’une fois, au niveau de la société, avant toute distribution ultérieure.
Le tableau comparatif des logiques fiscales
| Critère | Régime is | Option ir |
|---|---|---|
| Imposition des bénéfices | Au niveau de la société | Au niveau des associés |
| Taux applicable | 15 % puis 25 % | Barème de l’ir de l’associé |
| Traitement du déficit | Report sur exercices futurs | Imputation sur le revenu global |
| Distribution de dividendes | Nouvelle imposition | Pas de double imposition |
| Durée | Illimitée | 5 exercices, sans retour possible en cas de sortie anticipée |
Quand préférer l’is
L’is reste préférable pour les entreprises rentables cherchant à réinvestir leurs bénéfices, ou pour les dirigeants souhaitant arbitrer finement entre rémunération et dividendes selon leur situation personnelle. Les sociétés en forte croissance, avec des besoins de financement importants, profitent généralement mieux du taux réduit d’is que de l’imposition immédiate au barème de l’ir chez leurs associés.
FAQ
Quelle est l’option pour l’impôt sur le revenu (IR) dans une SARL ?
Elle permet à une sarl éligible d’être imposée comme une société de personnes : les bénéfices sont taxés directement chez les associés, selon leur quote-part de capital, pendant une durée de 5 exercices.
Pourquoi choisir SAS plutôt que SARL ?
La sas offre davantage de souplesse statutaire et un régime social distinct pour le dirigeant, mais l’accès à l’option ir reste identique dans les deux formes, sous les mêmes conditions d’éligibilité.
Quelles sociétés peuvent opter pour l’IS ?
Les sarl, sas et sa sont par défaut soumises à l’is. Certaines formes comme les sociétés civiles peuvent également opter pour l’is si elles le souhaitent, à l’inverse du mécanisme de l’option ir.
Quelles sont les options fiscales disponibles ?
Les sociétés commerciales peuvent rester soumises à l’is par défaut, ou opter pour le régime des sociétés de personnes sous conditions strictes, avec une durée d’application limitée à 5 exercices.
L’option ir n’est pas un simple avantage fiscal automatique : c’est un choix structurant, réservé à des profils précis, qui mérite d’être évalué avec rigueur avant tout engagement sur cinq exercices.






